AVANT, j’écrivais en guise de souvenirs pour mes enfants MAINTENANT, je créer les souvenirs et j’en fait leur histoire. – Maryef.P

 

Depuis que je suis toute petite, j’écris. Des pensées, des poèmes, des histoires, des nouvelles; peu importe, tant que ça me représentait. J’ai donc toujours eu un journal intime, d’aussi loin que je me rappelle. Je me souviens qu’à l’âge de 8 ans environ, j’avais écrit que je garderais tous mes journaux intimes et mes livres de pensées pour qu’un jour, mes enfants puissent le lire et garder de bons souvenirs de moi.

La raison pour laquelle je pensais déjà à cet héritage précieux à un si jeune âge, c’est que ma grand-mère l’a fait. Elle a commencé à écrire un journal quelques jours avant son mariage. Je sais que ce journal me reviendra à sa mort (elle est plus vivante que jamais du haut de ses 78 ans), mais je ne peux m’empêcher d’avoir hâte de le feuilleter, de le sentir, de voir ses mots, ses états d’âme. Elle m’a parlé de l’existence de ce journal alors que j’apprenais à écrire, vers 6 ans. Ça été un déclic pour moi; je veux aussi écrire pour mes enfants et petits-enfants.

Ma mère, de son côté, déteste écrire. Elle a pourtant beaucoup de talent pour la poésie et sait comment expliquer les choses de façon unique. Je sais que ce serait super intéressant de mettre son talent sur papier, mais lorsqu’elle le fait, elle le jette aussitôt. Quand ma grand-mère m’a parlé de son journal, j’ai demandé à ma mère de faire la même chose. Je voulais un souvenir de ma mère aussi précieux qu’elle; ses mots dans un livre. Ça été un non catégorique. J’étais vraiment déçue et fâchée. Pourquoi ne voulait-elle pas me laisser de souvenirs à moi, sa propre fille, ou à ses futurs petits-enfants? J’aime tellement les mots et l’écriture que je suis incapable de comparer ce cadeau à du matériel. Bien qu’elle m’assurait que j’allais hériter de la maison, de ses biens, de ses vieux bijoux etc., je n’en voulais pas. Les mots, c’est sacré.

J’ai reparlé du journal de ma grand-mère en lui demandant si elle pouvait m’en lire un petit bout. Elle a sorti ce vieux cahier, le sourire aux lèvres. Elle me lisait des passages, doucement, en revivant chaque émotion, chaque mot. Je la regardais, captivée par la femme qu’elle devenait à travers ces mots jadis écrit par une jeune mariée remplie d’espoir et de rêves. C’est vite devenu un petit rituel. Chaque visite chez ma chère grand-maman, on en profitait pour lire quelques pages de cette ancienne vie. Elle, pour se rappeler. Moi, pour contempler.

J’ai grandi et écris. J’écris toujours, d’ailleurs. Mon écriture a changé, au fil du temps et des événements de ma vie. Les sujets se sont promenés de tous les côtés. Des dizaines de cahiers se sont fait griffonner, hachurés, remplis et dessinés. Lorsque je suis partie en logement pour la première fois, se tenait dans une méga boîte, tous ses livres accumulés depuis des années. Évidemment, je n’ai pas pu m’empêcher de me relire. Certains dataient de quelques mois, alors que d’autres dataient de plus de 10 ans. C’était émouvant de revivre certains moments. Je suis une personne nostalgique à la base, donc, ce n’est pas trop difficile pour moi de me replonger dans cette vague de passé remplis de fautes et de larmes, de joies et de colère.

Aujourd’hui, j’écris encore, différemment.

Aujourd’hui, j’ai deux enfants.

Mes enfants sont très jeunes. Quand mon premier bébé fût son apparition dans ma vie, ça n’a pas tout changé comme les gens semblent aimer le répéter -ta vie prend un sens quand tu deviens maman-. Bon, je suis plus de l’école de pensée qui dit que ta vie évolue différemment quand tu as un enfant. L’évolution, c’est un mini-changement dans un confort connu. J’aimais déjà avant d’avoir un enfant, mais cet amour a atteint un autre niveau après l’existence de cet être humain.

Ce que cela a changé surtout, c’est mon écriture. Ma façon d’écrire, mes choix de sujets, mes choix de mots. Et surtout, disons-le, le temps que je n’ai plus pour écrire. Je me suis même sentie mal de ne pas leur écrire à tous les jours, comme je le voulais.

À mon dernier anniversaire, ma grand-mère m’a donné son fameux journal, me disant que nous avions lu ensemble la dernière page lors de ma dernière visite. J’étais, évidemment, très émue.

De retour à la maison, je regardais ce livre sur le coin de ma table de chevet. J’étais partagée par toutes sortes d’émotions. J’étais déçue de ne pas écrire autant que je le voulais pour laisser un cadeau du genre à mes propres enfants. Je me suis assise confortablement et j’ai commencé à lire, le sourire aux lèvres. Chaque mot que je lisais, je voyais la réaction de ma grand-mère quand elle me le lisait. Et j’ai compris.

L’important, ce n’était pas les mots écrits dans ce cahier, mais le souvenir. Le souvenir de voir ma grand-mère revivre ces moments alors que j’écoutais sa voix, de passer une heure, seule à me faire visiter son passé. L’héritage qu’elle m’a laissé, ce n’est pas le livre, mais de merveilleuses images gravées dans ma mémoire, dans mon cœur, d’un temps de qualité avec cette femme que j’adore, que j’admire.

Ma mère a passé des heures à me raconter sa vie, son enfance. Que ce soit dehors, avec une grosse doudou, coller le nez dans son cou. Ou pendant un arrêt-crème-glacée. Ma mère a passé des heures à me conseiller, m’écouter, m’apprendre de ses expériences antérieures. Ma mère m’a laissé un aussi bel héritage que ma grand-mère. Plutôt que d’écrire des mots sur un papier, elle a gravé des tonnes de moments et d’émotions dans mon cœur.

Je n’écris plus autant à mes enfants. Ce que je voudrais leur écrire, je leur dis, à tous les jours. En créant avec eux des histoires et des souvenirs qui seront tout aussi précieux que les livres remplis de drôles de mots écrits par une fillette de 8 ans.

*Auteure : Maryef.P

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